À propos Plan du site Contact
JEU RESPONSABLEle média de prévention

Les fausses croyances du joueur : 9 idées reçues sur le hasard, démontées par le calcul

Une fausse croyance du joueur est une conviction erronée sur le fonctionnement du hasard : un numéro « en retard » serait dû, une machine serait « chaude », un porte-bonheur ou une méthode changeraient le résultat. Les spécialistes les rangent en trois familles : l'illusion de contrôle, la méconnaissance de l'indépendance des tirages et les superstitions. Elles existent chez la plupart des joueurs et sont plus fréquentes chez les joueurs excessifs. Dans les jeux de la Française des jeux (FDJ), des casinos et des paris, aucune ne modifie la probabilité d'un résultat. Cette page examine neuf croyances courantes, donne le calcul qui les dément et, quand une étude l'a mesuré, la part des joueurs qui y adhèrent.

Vérifié le 28 octobre 2026
Par La rédaction

Trèfle à quatre feuilles dans l'herbe
Photo d'illustration : KEBman, Wikimedia Commons, domaine public, recadrée.
L'essentiel
  • Les tirages sont indépendants : un numéro absent depuis 30 tirages du Loto a toujours 5 chances sur 49 (10,2 %) de sortir au suivant.
  • Les séries et les « retards » sont normaux : sur un an de tirages du Loto, le numéro le plus en retard reste, en valeur médiane, absent environ 60 tirages (simulation de la rédaction).
  • Selon une étude CSA commandée par la FDJ en 2020, 48 % des joueurs de jeux de tirage rejouent les mêmes numéros et 42 % des Français interrogés disent avoir un « numéro chance ».
  • Dans un casino américain filmé, 85 % des mises sur chance simple suivant une série de 6 résultats identiques ou plus allaient contre la série.
  • Rejouer pour récupérer une perte est la conduite à risque la plus déclarée : 7,9 % des joueurs de 18 à 75 ans en 2023 (OFDT). Rejouer 100 € au Loto fait perdre en moyenne 45,65 € de plus.

Ce que sont les fausses croyances du joueur

Trois familles de pensées erronées

Une revue de la littérature publiée dans le Journal of Gambling Issues rappelle que « la plupart des individus » développent des fausses croyances par rapport au jeu, aussi appelées pensées erronées ou distorsions cognitives. Elle les regroupe en trois catégories : l'illusion de contrôle, la mésinterprétation de l'indépendance des tours et les superstitions. Toutes reposent sur une même idée : le joueur pourrait contrôler le jeu, en modifiant son déroulement ou en le prédisant (Smith et Giroux, Journal of Gambling Issues, 2019[1], étude canadienne).

L'Inserm, dans son expertise collective de 2008, écrit que ces croyances se retrouvent chez tous les joueurs, qu'elles sont sans doute plus fréquentes chez les joueurs excessifs, et qu'une meilleure connaissance des statistiques n'influence que peu les pratiques de jeu[2].

Ce que l'on sait de leur fréquence en France

Aucune enquête française de grande taille (Observatoire français des drogues et des tendances addictives, OFDT ; Santé publique France ; Autorité nationale des jeux, ANJ) ne publie, à la date de lecture, la part des joueurs qui croient à un « numéro en retard » ou à une « machine chaude ». Le tableau donne la mesure disponible pour chaque croyance.

Neuf croyances, un chiffre pour chacune

Croyance Ce que montre le calcul Part des joueurs concernée, si mesurée
1. « Ce numéro est en retard, il va sortir » Probabilité inchangée à chaque tirage Casino américain filmé : 85 % des mises contre une série de 6 et plus
2. « Après une série, ça doit s'inverser » Roulette : 18 chances sur 37 après 6 rouges comme avant Même étude (139 joueurs, 24 131 mises)
3. « Cette machine est chaude » Tirage aléatoire à chaque partie, sans mémoire Non mesurée en France
4. « J'étais tout près du gain » Un « presque gagné » est une perte Effet mesuré en laboratoire (40 et 15 volontaires), pas une part de joueurs
5. « J'ai un numéro ou un objet porte-bonheur » Aucune combinaison n'est plus probable 42 % des sondés ont un « numéro chance » (étude CSA pour la FDJ, 2020)
6. « Je rejoue pour me refaire » Chaque mise supplémentaire a la même perte moyenne 7,9 % des joueurs de 18-75 ans (OFDT, 2023)
7. « Ma méthode ou ma martingale marche » L'espérance de chaque mise ne change pas Non mesurée en France
8. « Je connais le sport, je gagnerai » Le taux de retour est plafonné à 85 % pour les paris en ligne Non mesurée en France
9. « Ce ticket a plus de chances : une sur quatre, plusieurs jeux, nouveau » La « chance » affichée compte les tickets qui remboursent la mise Propos de gratteurs recueillis par l'ANJ (2025)

Calculs de la rédaction, sauf mention. Sources détaillées dans les sections ci-dessous.

1 et 2. « Le numéro est en retard » et « la série va s'inverser »

L'erreur du joueur (ou sophisme du joueur, erreur du parieur) consiste à croire qu'après une série contraire, l'événement opposé devient plus probable. Les tirages du Loto, du Keno ou de la roulette sont indépendants. Cette indépendance vaut pour tout jeu de hasard.

Le calcul

Jeu Chance qu'un numéro sorte à un tirage Chance qu'il soit absent 10 tirages de suite Chance qu'il soit absent 30 tirages de suite
Loto (5 numéros sur 49) 5/49, soit 10,2 % 34,1 % 4,0 %
Keno (16 numéros sur 56, tirage quotidien) 16/56, soit 28,6 % 3,5 % 0,004 % environ

Calculs de la rédaction : (1 - probabilité de sortie) puissance le nombre de tirages. Tirage du Keno quotidien depuis le 3 novembre 2025.

Un numéro absent depuis 30 tirages du Loto est un événement rare pour un numéro donné (4,0 %), mais sur 49 numéros, il y en a en moyenne près de deux dans ce cas à un instant donné (49 × 4,0 % = 1,9). Un « retard » est donc une conséquence normale du hasard. Une simulation de la rédaction sur un an de tirages du Loto (156 tirages, 2 000 années simulées) donne, pour le numéro le plus en retard de l'année, une absence maximale de 61 tirages en valeur médiane (de 49 à 84 pour 90 % des années). Au tirage suivant, ce numéro a toujours 10,2 % de chances de sortir, comme tous les autres.

Ce que montrent les observations

  • Dans les loteries. Une étude sur le jeu quotidien du Maryland a constaté que les sommes jouées sur un numéro chutaient fortement juste après sa sortie, puis remontaient en quelques mois : les joueurs évitaient un numéro qu'ils jugeaient « moins dû », ce que les auteurs interprètent comme l'erreur du joueur[3]. L'étude porte sur une loterie américaine.
  • À la roulette. Des chercheurs ont filmé 139 joueurs de roulette dans un casino du Nevada (24 131 mises sur 904 tours). Après une série de 6 résultats identiques ou plus, 85 % des mises sur chance simple allaient contre la série[4]. La roulette étudiée était américaine (cases 0 et 00).

Après 6 rouges d'affilée, la probabilité du rouge au tour suivant reste de 18/37, soit 48,6 %. Les séries ne sont pas rares : sur 100 tours, la probabilité d'obtenir au moins une fois 6 rouges d'affilée est d'environ 49 % (calcul de la rédaction).

3 et 7. « Cette machine est chaude » et « ma méthode marche »

Une machine à sous tire son résultat à chaque partie par un générateur aléatoire : ni la durée écoulée depuis le dernier gros gain, ni l'argent déjà perdu ne rendent la machine « prête à payer ». La perte moyenne à l'heure (90 € pour 1 € par partie à 600 parties par heure, au taux minimal légal de 85 %) figure sur la page machine à sous. Doubler la mise après chaque perte ou suivre un système de progression ne change pas non plus l'espérance de chaque mise : avec une mise initiale de 1 €, dix pertes consécutives engagent 1 023 € pour un gain espéré de 1 €, et la mise suivante (1 024 €) dépasse le plafond de 1 000 fois la mise minimale à la roulette française (page martingale). Aucune mesure française de la part de joueurs qui croient à ces idées n'a été trouvée.

4. « J'étais tout près du gain » : le presque gagné

Un « presque gagné » est une perte qui ressemble à un gain : deux symboles de jackpot sur trois, quatre bons numéros sur cinq. Il ne rapproche pas du gain suivant. Dans l'étude de Clark et coll. (2009), pourtant, les « presque gagné » à une machine simplifiée augmentaient l'envie de continuer quand le participant avait lui-même choisi son coup (40 volontaires, dont 15 en imagerie cérébrale ; Neuron, 2009[5]). Les mécanismes sont détaillés dans pourquoi le jeu rend accro. Ces échantillons sont petits et ne mesurent pas la part de joueurs concernés. Au Loto, 4 bons numéros sans le numéro Chance se produisent une fois sur 9 631 : ce n'est pas un signe d'approche du premier rang (1 sur 19 068 840 à chaque tirage).

5. Numéros et objets porte-bonheur

Selon une étude de l'institut CSA commandée par la FDJ et publiée en mars 2020 auprès de 2 008 Français de 18 ans et plus[6] :

Mesure Résultat
Joueurs de tirage qui jouent toujours les mêmes numéros 48 %
Parmi eux (plusieurs réponses possibles) : dates marquantes, dates d'anniversaire, numéros fétiches 43 %, 42 %, 31 %
Sondés qui se disent superstitieux 38 %
Sondés qui ont un « numéro chance » 42 %
Numéro chance le plus cité : le 7 13 %

Étude commandée par un opérateur de jeu, citée sur son magazine, source d'opérateur retenue pour la seule mesure des croyances ; la période de terrain n'est pas précisée.

Les combinaisons du Loto sont toutes équiprobables : la grille 1-2-3-4-5 a la même probabilité que n'importe quelle autre.

6. « Je rejoue pour me refaire »

Selon l'enquête EROPP 2023 de l'OFDT, c'est la conduite à risque la plus partagée des items de l'Indice canadien du jeu excessif (ICJE) : 7,9 % des joueurs de 18 à 75 ans (3,7 % des femmes, 11,7 % des hommes) ont déclaré avoir rejoué pour récupérer de l'argent perdu, « parfois », « la plupart du temps » ou « presque toujours », au cours de l'année[8]. Se refaire est aussi l'un des neuf critères du trouble lié aux jeux d'argent dans le DSM-5, le manuel de référence des diagnostics psychiatriques[7].

L'espérance d'une mise ne dépend pas des pertes précédentes. Rejouer 100 € fait perdre en moyenne :

Jeu Part reversée Perte moyenne sur 100 € rejoués
Machine à sous de casino (minimum légal) 85 % 15 € au plus
Jeu à gratter Cash 70,0 % 30 €
Loto 54,35 % 45,65 €

Calculs de la rédaction d'après les taux publiés sur les pages machine à sous, jeux à gratter et Loto.

Une perte passée ne se « rattrape » pas : chaque mise supplémentaire ajoute sa propre perte moyenne. Les mécanismes de cette poursuite des pertes sont détaillés dans causes de l'addiction. Ses conséquences financières sont décrites dans dettes de jeu.

8. « Je connais le sport, je vais gagner »

Étudier les statistiques, les pronostics et la forme des joueurs peut convaincre un parieur qu'il prévoit les résultats : c'est l'illusion de contrôle, selon Santé publique France et Joueurs Info Service, pour qui « l'expertise ne suffit pas pour gagner » et « la part du hasard est importante »[9]. Côté marché, la règle fixée par le décret du 4 novembre 2020 limite à 85 % la proportion des sommes versées en moyenne aux joueurs par un opérateur de paris en ligne, appréciée agrément par agrément et annuellement[10]. Au moins 15 € sur 100 € misés ne reviennent donc pas à l'ensemble des parieurs (voir addiction aux paris sportifs).

9. Les croyances propres aux jeux à gratter

Une étude réalisée pour l'ANJ par l'université Concordia (groupes de discussion et enquête auprès de 5 019 gratteurs) relève que plusieurs jeux sur un ticket, la probabilité affichée (« plus d'une chance sur 4 de gagner ») et la nouveauté d'un ticket sont liés, chez certains gratteurs interrogés, à l'impression d'avoir plus de chances[11]. Or la chance affichée compte les tickets qui remboursent la mise : seul un ticket sur six environ rapporte plus que son prix (page jeux à gratter).

Pourquoi ces croyances comptent

Les croyances erronées sont plus nombreuses et plus ancrées chez les joueurs pathologiques[1]. Selon une revue de la littérature internationale réalisée avec le soutien de l'ANJ, les croyances irrationnelles de contrôle sont fortement associées au jeu problématique des jeunes de 14 à 25 ans[12]. Ce sont des associations, pas des preuves de cause. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) travaille sur ces croyances : voir traitement de l'addiction aux jeux d'argent.

Signes d'alerte et aide

Rejouer pour récupérer une perte, compter sur un gain pour régler une dette ou chercher une méthode pour « enfin » gagner sont des signaux d'alerte (voir addiction au jeu). Un CSAPA (centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) accueille les joueurs gratuitement. L'interdiction volontaire de jeux limite l'accès à certains jeux.

Besoin d'aide ?

Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h, appel anonyme et non surtaxé. En cas de détresse ou d'idées suicidaires, le 3114 (numéro national de prévention du suicide) répond 24h/24.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le sophisme du joueur ?

Il désigne l'idée qu'après une série d'un même résultat, le résultat inverse devient plus probable (le noir « doit » sortir après plusieurs rouges). Il est aussi appelé erreur du parieur ou erreur du joueur. Les tirages étant indépendants, la probabilité reste la même.

Un numéro qui n'est pas sorti depuis longtemps a-t-il plus de chances de sortir ?

Non. Au Loto, chaque numéro a 5 chances sur 49 de sortir à chaque tirage, quel que soit son historique. Les numéros les plus ou moins sortis sur une période décrivent le passé et ne prédisent rien.

Peut-on se refaire en rejouant ?

Non. Chaque mise a sa propre perte moyenne, indépendante des précédentes : 45,65 € pour 100 € au Loto, 15 € au plus pour 100 € sur une machine à sous en casino (taux de retour minimal légal de 85 %). Rejouer pour récupérer une perte est un critère du trouble lié aux jeux d'argent.

Sources

  1. Smith I., Giroux I., « L'illusion de contrôle liée au jeu auprès d'universitaires », Journal of Gambling Issues, n° 42, septembre 2019 : https://cdspress.ca/wp-content/uploads/2022/09/Isabelle-Smith-Isabelle-Giroux-1.pdf
  2. Inserm, communiqué sur l'expertise collective « Jeux de hasard et d'argent » (22 juillet 2008) : https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2008_07_22_CP_ExpCol_JeuxVsAddict.pdf
  3. Clotfelter C., Cook P., « The Gambler's Fallacy in Lottery Play », Management Science, 39(12), 1993 : https://ideas.repec.org/a/inm/ormnsc/v39y1993i12p1521-1525.html
  4. Croson R., Sundali J., « The Gambler's Fallacy and the Hot Hand: Empirical Data from Casinos », Journal of Risk and Uncertainty, 30(3), 2005 : https://www.stat.berkeley.edu/~aldous/157/Papers/croson.pdf
  5. Clark L. et coll., « Gambling near-misses enhance motivation to gamble and recruit win-related brain circuitry », Neuron, 2009 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2658737/
  6. Étude CSA pour la FDJ, « numéros fétiches » (mars 2020), résultats publiés sur le magazine de l'opérateur ; source d'opérateur, citée pour la mesure des croyances uniquement : https://www.fdj.fr/mag/coulisses/superstitions-numeros-fetiches-joueurs
  7. La Revue du Praticien, critères DSM-5 du trouble lié au jeu d'argent : https://www.larevuedupraticien.fr/outil/criteres-diagnostiques-du-trouble-lie-au-jeu-dargent-dsm-5
  8. OFDT, rapport « Les jeux d'argent et de hasard en 2023 » (EROPP) : https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-03/rapport_eropp_jah-2023.pdf
  9. Santé.fr (Santé publique France, Joueurs Info Service), « Paris sportifs : comment éviter de finir hors-jeu ? » (25 juin 2026) : https://www.sante.fr/node/20055051
  10. ANJ, règle de détermination du taux de retour aux joueurs (décret n° 2020-1349) : https://ressources.anj.fr/regulation/trj/regle_determination_trj.pdf
  11. ANJ et université Concordia, « Étude sur les jeux de grattage en France » (juin 2025) : https://anj.fr/sites/default/files/2025-07/%C3%89tude%20sur%20les%20jeux%20de%20grattage%20en%20France_concordia.pdf
  12. Tovar M.-L., Costes J.-M., revue de la littérature internationale, pratique des jeux d'argent et de hasard chez les mineurs (OFDT, avec le soutien de l'ANJ) : https://bdoc.ofdt.fr/doc_num.php?explnum_id=32681
  13. Calculs de probabilité et simulation : rédaction.

Photo d'en-tête : Anna Shvets, Pexels

Vous ou un proche jouez trop ?

Joueurs Info Service vous écoute, sans jugement et de façon anonyme.

09 74 75 13 13 Appel non surtaxé, 7j/7 de 8h à 2h Demander une interdiction volontaire de jeux