
- Le trouble lié aux jeux d'argent est une addiction sans substance, inscrite dans le DSM-5 et dans la classification internationale des maladies de l'OMS (code 6C50).
- Le diagnostic repose sur neuf critères ; il est posé lorsqu'au moins quatre d'entre eux sont présents sur douze mois.
- En 2023, 2,5 % des adultes de 18 à 75 ans avaient une pratique à risque modéré ou élevé (OFDT). Les hommes, les 18-24 ans, les parieurs sportifs et hippiques et les joueurs de poker sont les plus exposés.
- Joueurs Info Service, le service public d'aide à distance, répond au 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h.
Définition
L'addiction au jeu se définit par une pratique des jeux d'argent devenue incontrôlable : la personne joue plus qu'elle ne le souhaite, échoue à réduire ou à arrêter, et maintient son comportement malgré l'endettement, les conflits ou les difficultés professionnelles qui en découlent.
Plusieurs termes coexistent pour désigner ce trouble :
- trouble lié aux jeux d'argent : dénomination du DSM-5, le manuel diagnostique de référence en psychiatrie ;
- jeu excessif ou jeu pathologique : termes employés par les pouvoirs publics, l'Autorité nationale des jeux (ANJ) privilégiant celui de « jeu excessif »[3] ;
- ludopathie : terme d'usage courant, synonyme des précédents ;
- gambling disorder (trouble du jeu d'argent) : dénomination de l'Organisation mondiale de la santé, sous le code 6C50 de la classification internationale des maladies[2].
Il s'agit d'une addiction comportementale, ou addiction sans substance : aucun produit n'est consommé, c'est le comportement de jeu lui-même qui devient incontrôlable.
Les neuf critères diagnostiques
Le diagnostic s'appuie sur les neuf critères du DSM-5[1] :
- Augmentation des mises : besoin de jouer des sommes croissantes pour atteindre l'état d'excitation recherché.
- Agitation ou irritabilité lors des tentatives de réduction ou d'arrêt.
- Échecs répétés des efforts pour contrôler, réduire ou arrêter le jeu.
- Préoccupation constante pour le jeu : remémoration de parties passées, préparation des suivantes, recherche d'argent pour jouer.
- Jeu en réponse à un mal-être : sentiment d'impuissance, culpabilité, anxiété ou humeur dépressive.
- Retour au jeu pour « se refaire » après avoir perdu de l'argent.
- Mensonges pour dissimuler l'ampleur de la pratique.
- Mise en danger ou perte d'une relation importante, d'un emploi ou d'un parcours d'études.
- Recours à autrui pour obtenir de l'argent et faire face à des difficultés financières causées par le jeu.
Seuil et niveaux de sévérité
Le trouble est retenu lorsqu'au moins quatre critères sont présents au cours des douze derniers mois. Sa sévérité est graduée selon le nombre de critères : léger (4 ou 5), moyen (6 ou 7), grave (8 ou 9).
La présence d'un critère isolé ne suffit pas à établir un diagnostic, qui relève d'un professionnel de santé. Plusieurs critères réunis justifient en revanche une consultation.
Le retour au jeu pour récupérer une perte figure parmi les neuf critères. Chaque nouvelle mise est engagée dans l'espoir d'un retour à l'équilibre. Les jeux d'argent reversent pourtant en moyenne moins que les sommes misées : au Loto, 54,35 % des mises reviennent aux gagnants ; les sites de paris en ligne ne peuvent pas en reverser plus de 85 % sur l'année[12]. Rejouer après une perte expose donc surtout davantage d'argent.
Les chiffres en France
D'après l'enquête de l'OFDT publiée en 2024[4], en 2023, parmi les adultes de 18 à 75 ans :
- 1,7 % sont des joueurs à risque modéré, soit environ 810 000 personnes ;
- 0,8 % sont des joueurs à risque élevé, soit environ 360 000 personnes.
Rapportée aux seuls joueurs de l'année, la part des pratiques problématiques atteint 4,9 % : 3,4 % de joueurs à risque modéré et 1,5 % à risque excessif[6].
Les profils les plus exposés
Le rapport de l'OFDT sur l'enquête 2023 permet d'identifier les publics et les jeux associés aux pratiques problématiques[6] :
- Les hommes : 7,5 % des joueurs ont une pratique problématique, contre 2,2 % des joueuses.
- Les jeunes adultes : la proportion atteint 12,3 % chez les joueurs de 18 à 24 ans, contre 5,2 % chez les 25-34 ans. Le risque diminue ensuite nettement avec l'âge.
- Les joueurs les plus fréquents : 39,8 % des personnes qui jouent au moins 300 jours par an ont une pratique problématique.
La part de joueurs problématiques varie fortement selon le jeu principalement pratiqué :
| Jeu le plus pratiqué | Part de joueurs problématiques |
|---|---|
| Jeux de tirage (Loto, EuroMillions…) | 2,6 % |
| Jeux de grattage | 3,4 % |
| Casinos et machines à sous | 6,1 % |
| Paris sportifs | 15,3 % |
| Paris hippiques | 17,2 % |
| Poker | 17,2 % |
Selon l'OFDT, « la part des joueurs problématiques est statistiquement plus élevée pour les paris sportifs, les paris hippiques et le poker ».
Les facteurs qui favorisent l'addiction
Plusieurs mécanismes contribuent à l'installation du trouble :
- Les distorsions cognitives. La conviction de pouvoir maîtriser le hasard, d'être « en veine » ou de compenser l'aléa par l'expertise relève de l'illusion de contrôle. Santé.fr rappelle, à propos des paris sportifs, que « l'expertise ne suffit pas pour gagner » et que « la part du hasard est importante »[9].
- La recherche de la « refaite ». L'espoir de récupérer une perte incite à rejouer rapidement[9].
- Le jeu comme régulateur émotionnel. Jouer pour soulager un mal-être constitue l'un des neuf critères diagnostiques.
Ces mécanismes sont détaillés dans la page Causes et psychologie de l'addiction aux jeux d'argent.
L'auto-évaluation
L'Indice canadien du jeu excessif (ICJE) est l'outil de repérage utilisé dans les enquêtes nationales. Il comporte neuf questions portant sur les douze derniers mois[8]. L'ANJ met à disposition un questionnaire en ligne qui s'en inspire, Évalujeu[15]. Cet outil de repérage ne remplace pas un avis médical.
Les dispositifs d'aide en France
Une ligne d'écoute nationale
Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13. Le service est accessible 7 jours sur 7, de 8h à 2h. L'appel est anonyme et non surtaxé[11]. Le site joueurs-info-service.fr[16] propose également de l'information et un échange en ligne.
Une association d'entraide
L'association SOS Joueurs propose écoute et accompagnement aux joueurs et à leurs proches, au 09 69 39 55 12, avec rappel possible du lundi au vendredi de 9h à 20h[7].
Un accompagnement de proximité
Les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) prennent en charge les addictions sans substance, dont les jeux d'argent. L'accompagnement y est gratuit et anonyme[13]. Les coordonnées des centres figurent dans l'annuaire des CSAPA.
Une mesure de protection
L'interdiction volontaire de jeux bloque l'accès aux casinos, aux clubs de jeux et aux sites agréés pour trois ans, renouvelables tacitement[14]. Elle ne constitue pas un traitement, mais protège la personne pendant sa prise en charge.
Un soutien pour l'entourage
Joueurs Info Service s'adresse aussi aux personnes « concernées directement ou indirectement » par un problème de jeu[11], et donc aux proches. La page Aider un proche qui joue trop détaille les démarches possibles.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre addiction au jeu et ludopathie ?
Aucune. Le terme « ludopathie » est un synonyme d'usage courant. Les professionnels de santé emploient plutôt « trouble lié aux jeux d'argent » ou « jeu pathologique ».
L'addiction au jeu est-elle reconnue comme une maladie ?
Oui. Elle figure dans le DSM-5 et dans la classification internationale des maladies de l'OMS, sous le code 6C50.
Quel accompagnement existe ?
Les CSAPA proposent un suivi spécialisé, gratuit et anonyme, fondé sur un projet de soins personnalisé[13]. Joueurs Info Service et l'association SOS Joueurs offrent une écoute à distance.
Qui contacter en cas d'addiction au jeu ?
Joueurs Info Service, au 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h. L'appel est anonyme et non surtaxé.
Sources
- La Revue du Praticien, « Critères diagnostiques du trouble lié au jeu d'argent (DSM-5) » : https://www.larevuedupraticien.fr/outil/criteres-diagnostiques-du-trouble-lie-au-jeu-dargent-dsm-5
- OMS, terminologie des comportements addictifs : https://www.who.int/teams/mental-health-and-substance-use/alcohol-drugs-and-addictive-behaviours/terminology
- ANJ, « Prévenir le jeu excessif » : https://anj.fr/nos-actions/prevenir-le-jeu-excessif
- OFDT, « La pratique des jeux d'argent et de hasard en France en 2023 » : https://www.ofdt.fr/publication/2024/la-pratique-des-jeux-d-argent-et-de-hasard-en-france-en-2023-2457
- OFDT, note bilan des jeux d'argent et de hasard 2025 : https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-09/note_bilan_jah_2025.pdf
- OFDT, rapport « Les jeux d'argent et de hasard en 2023 » (enquête EROPP) : https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-03/rapport_eropp_jah-2023.pdf
- SOS Joueurs : https://www.sosjoueurs.org
- OFDT, glossaire, Indice canadien du jeu excessif : https://www.ofdt.fr/glossaire/indice-canadien-du-jeu-excessif-icje
- Santé.fr, « Paris sportifs : comment éviter de finir hors-jeu ? » : https://www.sante.fr/node/20055051
- Service-public.fr, « Interdiction volontaire de jeux » (F15814) : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F15814
- Annuaire service-public, Joueurs Info Service : https://lannuaire.service-public.gouv.fr/centres-contact/R2428
- ANJ, règle de détermination du taux de retour aux joueurs : https://ressources.anj.fr/regulation/trj/regle_determination_trj.pdf
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes, les CSAPA : https://www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr/les-centres-de-soins-daccompagnement-et-de-prevention-en-addictologie-csapa-en-auvergne-rhone-alpes
- Code de la sécurité intérieure, article L. 320-9-1 : https://codes.droit.org/PDF/Code%20de%20la%20s%C3%A9curit%C3%A9%20int%C3%A9rieure.pdf
- Évalujeu : https://www.evalujeu.fr/ou-en-etes-vous-avec-les-jeux-dargent
- joueurs-info-service.fr : https://www.joueurs-info-service.fr/
Photo d'en-tête : Anna Shvets, Pexels



