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Comment fonctionne une machine à sous : hasard, taux de redistribution et perte à l'heure

Une machine à sous est un appareil qui affiche, après chaque mise, une combinaison tirée au hasard : elle est gagnante si elle correspond à l'une des combinaisons prévues à l'avance, perdante sinon. En France, elle n'est légale que dans les casinos, et son exploitant doit la régler pour qu'elle rende au moins 85 % des mises sur la durée. Elle garde donc, en théorie, jusqu'à 15 % de ce qui est misé, à chaque partie. À une partie toutes les 3 secondes, la perte moyenne s'élève à plusieurs dizaines d'euros par heure, comme le montre le calcul plus bas. Les mécanismes décrits ici relèvent du jeu de hasard pur : aucune méthode n'agit sur le résultat.

Vérifié le 26 octobre 2026
Par La rédaction

Quatre anciennes machines à sous mécaniques exposées en vitrine
Photo d'illustration : Pierre André Leclercq, Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0, recadrée.
L'essentiel
  • Le résultat de chaque partie est tiré par un générateur de nombres aléatoires, dont le dossier d'agrément du modèle doit établir la régularité (article 68-5 de l'arrêté du 14 mai 2007) : rien ne rend une machine « chaude » ou « froide ».
  • Le taux de redistribution d'une machine de casino ne peut pas être inférieur à 85 % des enjeux (article R. 321-17 du Code de la sécurité intérieure) ; il est calculé sur un très grand nombre de parties, pas sur une séance.
  • Perte moyenne théorique à 85 % : 90 € par heure pour 1 € par partie à 600 parties par heure ; 180 € avec 1 200 parties par heure.
  • Les « presque gagné » et les gains inférieurs à la mise, accompagnés de sons et de lumières, sont ressentis comme des succès alors qu'ils sont des pertes.
  • Les machines à sous représentent 81,8 % du produit brut des jeux des casinos français en 2024 (Observatoire français des drogues et des tendances addictives, OFDT).
  • Le casino en ligne est interdit en France.

Ce qu'est une machine à sous, juridiquement

L'arrêté du 14 mai 2007 relatif à la réglementation des jeux dans les casinos définit les machines à sous comme des « appareils automatiques de jeux d'argent et de hasard » qui, après l'introduction d'un moyen de paiement, déclenchent « la mise en œuvre d'un système entraînant l'affichage d'une combinaison aléatoire » ; la combinaison est gagnante si elle correspond à une combinaison préétablie (article 68-1 de l'arrêté du 14 mai 2007[1], version en vigueur depuis le 1er novembre 2024).

Ces appareils ne peuvent être exploités que dans les casinos autorisés. Chaque modèle est soumis à un agrément : le dossier comprend une attestation sur l'honneur du demandeur, qui doit établir « la régularité, l'intégrité et l'inaltérabilité du système de génération de nombres aléatoires » et la traçabilité des données traitées (article 68-5 de l'arrêté[10]). Les jeux de ce type en ligne ne sont pas autorisés : voir casino en ligne : légal ou illégal.

Comment la machine décide du résultat

Un tirage au hasard, à chaque partie

Sur une machine à sous moderne, les rouleaux qui tournent ne décident de rien : le résultat est tiré par un programme informatique, puis la machine affiche l'image correspondante. Les chercheurs de l'université de Waterloo (Canada) qui ont analysé les documents de conception de machines à sous utilisées en Ontario décrivent ce fonctionnement : sur les machines nord-américaines, « le résultat de chaque partie est déterminé par un générateur de nombres aléatoires », sans dispositif qui surveille le taux de redistribution partie après partie pour le ramener vers sa cible (Harrigan et Dixon, Journal of Gambling Issues, 2009[6], traduction de la rédaction). Cette étude porte sur des machines ontariennes, non françaises ; le texte français lu par la rédaction exige que le dossier d'agrément établisse la régularité du générateur, sans détailler le calcul des tirages.

Conséquence : un tirage n'a pas de mémoire. Le résultat d'une partie ne dépend ni des précédentes, ni du temps écoulé depuis le dernier gros gain, ni de l'argent déjà perdu sur l'appareil. C'est le principe de tout jeu de hasard : aucune méthode ne change l'issue.

Des rouleaux « virtuels »

Dans les machines à rouleaux étudiées par Harrigan et Dixon, le programme tire une position sur un rouleau « virtuel » plus long que le rouleau visible, et chaque position virtuelle est associée à un symbole affiché : un symbole peut donc correspondre à beaucoup plus de positions qu'un autre. L'étude de l'Observatoire des jeux de l'OFDT (2012), qui cite une analyse de Harrigan (2007), indique que les « presque gagné » sont à la fois très fréquents et programmés[4].

Le taux de redistribution : ce que dit la loi

Un minimum de 85 %

L'article R. 321-17 du Code de la sécurité intérieure dispose que, pour les machines à sous, les taux de redistribution « ne peuvent être inférieurs à 85 % des enjeux » ; ils sont fixés par l'exploitant et portés à la connaissance du ministre de l'Intérieur quinze jours au moins avant la mise en exploitation (version en vigueur depuis le 1er janvier 2021, Légifrance[2]). Ce taux n'est donc pas inscrit dans l'arrêté du 14 mai 2007, qui se borne à prévoir que le casino peut appliquer un taux propre à chaque machine et à signaler tout changement huit jours avant (article 68-15, arrêté du 14 mai 2007[11]).

Trois précisions :

  • 85 % est un plancher, non un taux garanti : une machine peut rendre davantage, jamais moins en théorie ;
  • le texte prévoit que le taux de chaque machine est communiqué au ministre de l'Intérieur, non qu'il soit affiché au public ;
  • il est calculé sur un très grand nombre de parties.

Ce que signifie un taux sur des millions de parties

Dans un entretien recueilli par l'Observatoire des jeux, un dirigeant de l'Institut du jeu excessif explique que chaque machine redistribue ses gains « sur une séquence de temps de jeu de 1 à 2 millions de coups généralement »[4]. Une séance de quelques centaines ou milliers de parties est donc très loin de cette échelle. Le résultat peut s'écarter fortement de la moyenne : un joueur peut gagner un soir, un autre perdre l'essentiel de sa mise en quelques minutes. Ce n'est qu'en multipliant les parties que le résultat rejoint peu à peu la perte moyenne.

Calcul : la perte moyenne à l'heure

La formule

Perte moyenne par heure = mise par partie × nombre de parties par heure × (1 − taux de redistribution).

Combien de parties à l'heure

Des chercheurs de l'université de Waterloo, qui ont chronométré le jeu dans un casino ontarien avec la trotteuse d'une montre, relèvent environ une partie toutes les 6 secondes sur les machines à rouleaux traditionnelles, soit 600 par heure, et une toutes les 3 secondes sur les machines vidéo, soit 1 200 par heure[6]. Ces chiffres viennent de quatre machines au Canada, pas de mesures en France ; les boutons d'arrêt et les tours bonus modifient la cadence réelle.

Trois exemples au taux minimal légal (85 %)

Mise par partie Parties par heure Total misé en 1 heure Perte moyenne théorique par heure (15 %)
0,25 € 1 200 300 € 45 €
1 € 600 600 € 90 €
2 € 1 200 2 400 € 360 €

Calculs de la rédaction : mise × parties × (1 − 0,85). Les cadences viennent de Harrigan et Dixon, 2009[6] ; les textes ne prévoient pas l'affichage au public du taux réel de chaque machine. À 95 %, la même machine à 1 € et 1 200 parties par heure fait perdre en moyenne 60 € par heure.

Comment lire ces montants

Le total misé n'est pas l'argent sorti de la poche : une grande partie des gains est remise en jeu. Mais l'écart moyen s'accumule. Avec 100 € en poche, 1 € par partie et 1 200 parties par heure à 85 %, la perte moyenne de 180 € par heure épuise en théorie la somme en une trentaine de minutes (100 ÷ 180 × 60). Un joueur qui a plus de chance restera plus longtemps ; un autre, moins. Aucun de ces calculs ne dépend du moment ni de la machine choisie : à taux égal, deux machines coûtent la même chose en moyenne.

Pourquoi on sous-estime ce qu'on perd

Les pertes déguisées en gains

Sur les machines vidéo modernes, le joueur mise sur plusieurs lignes à la fois. Quand un gain est inférieur à la mise totale, la machine affiche pourtant des lumières et des sons de victoire. Des chercheurs de Waterloo ont analysé les 259 440 000 résultats possibles d'un jeu courant au Canada : avec 15 lignes jouées, 14,2 % des parties sont de vrais gains, mais 18,4 % sont des « pertes déguisées en gains »[7]. Chez 40 joueurs novices, la réponse physiologique (conductance de la peau) à ces pertes était comparable à celle d'un vrai gain, et supérieure à celle d'une perte ordinaire.

Le « presque gagné »

Un « presque gagné » (near miss) est une combinaison qui passe près du gain, par exemple deux symboles de jackpot sur trois. Dans une expérience menée sur 15 volontaires sains, non joueurs réguliers, passés en imagerie cérébrale, ces résultats étaient jugés moins agréables qu'une perte ordinaire, mais augmentaient l'envie de continuer, uniquement quand le participant choisissait lui-même l'option de jeu ; les zones cérébrales actives pour un gain réel s'activaient aussi[8]. Un « presque gagné » est une perte, et il n'indique pas que le gain est proche.

Encadré : idées reçues et réalité

Idée reçue Réalité
« La machine est chaude, elle va payer. » Chaque tirage est indépendant, comme décrit plus haut ; une machine ne « paie » pas à tour de rôle.
« Après beaucoup de pertes, le gain est proche. » Le tirage n'a pas de mémoire : les pertes passées ne changent pas la probabilité du suivant.
« Un presque gagné veut dire que je m'approche du gain. » C'est une perte ; il attire l'attention et donne envie de rejouer (Clark et al., 2009).
« Si la machine fait sonner et clignoter, j'ai gagné. » Sur un jeu étudié avec 15 lignes jouées, 18,4 % des parties (environ une sur cinq) sont des pertes accompagnées d'un signal de gain (Dixon et al., 2010).
« Il suffit de miser le maximum, ou de changer de machine. » À taux égal, aucune machine ne coûte moins en moyenne ; miser plus accélère la perte en euros.

Les machines à sous dans les casinos français

Selon l'OFDT, les casinos ont réalisé 2 722 millions d'euros de produit brut des jeux (mises moins gains) en 2024, dont 2 227 millions pour les machines à sous, soit 81,8 % ; leur part dans l'ensemble du marché français des jeux d'argent est de 15,9 %[3]. L'Autorité nationale des jeux (ANJ) chiffre le produit brut des jeux des casinos à 2 816 millions d'euros en 2025, pour 31,6 millions d'entrées[5]. Dans le même document, l'OFDT relève que la pratique des machines à sous déclarée par les 18-75 ans est passée de 4,6 % en 2019 à 6,6 % en 2023.

Repères pour se protéger

Les casinos et les sites agréés proposent des interdictions volontaires de jeux, dont la durée est de trois ans renouvelable tacitement depuis la loi du 3 août 2026 : voir interdiction volontaire de jeux. Les signaux d'alerte sont détaillés sur la page Addiction au jeu. Pour sortir d'une pratique devenue incontrôlable, voir addiction au casino : s'en sortir. Le message légal « Jouer comporte des risques » est expliqué sur la page Jouer comporte des risques.

Parmi les signaux d'alerte figurent jouer plus longtemps ou plus cher que prévu, cacher ses parties et emprunter pour jouer. Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h (appel non surtaxé) ; en cas de détresse ou d'idées suicidaires, le 3114[9] répond 24h/24.

Questions fréquentes

Comment fonctionne une machine à sous ?

Après chaque mise, un générateur de nombres aléatoires tire un résultat, que la machine compare à ses combinaisons gagnantes. Chaque partie est indépendante de la précédente.

Une machine à sous peut-elle être truquée ?

En France, chaque modèle est soumis à un agrément dont le dossier doit établir la régularité du système de génération de nombres aléatoires, et le casino ne peut pas descendre sous 85 % de redistribution. Mais la loi autorise aussi la machine à garder jusqu'à 15 % des mises : le résultat est légal, et il est défavorable au joueur.

Quel est le taux de redistribution d'une machine à sous ?

Au moins 85 % des enjeux en casino français (article R. 321-17 du Code de la sécurité intérieure). Le taux de chaque machine est fixé par l'exploitant et communiqué au ministre de l'Intérieur ; les textes ne prévoient pas qu'il soit affiché au public.

Une machine « chaude » existe-t-elle ?

Non, d'après le principe du tirage aléatoire : le résultat d'une partie ne dépend pas des précédentes.

Peut-on jouer aux machines à sous en ligne en France ?

Non : le casino en ligne n'est pas autorisé.

Sources

  1. Arrêté du 14 mai 2007 relatif à la réglementation des jeux dans les casinos, articles 68-1, 68-5, 68-15 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000050411597 ; https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000050411606 ; https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000050411622
  2. Code de la sécurité intérieure, article R. 321-17 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000030067676/
  3. OFDT, « Les jeux d'argent et de hasard en France en 2024 » (septembre 2025) : https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-09/note_bilan_jah_2025.pdf
  4. OFDT, Observatoire des jeux, « Taux de retour au joueur (TRJ), addiction et blanchiment » (mai 2012) : https://www.ofdt.fr/odj/Taux-de-retour-au-joueur(1).pdf
  5. ANJ, bilan 2025 du marché des jeux d'argent : https://anj.fr/index.php/bilan-2025-du-marche-des-jeux-dargent
  6. Harrigan K., Dixon M., « PAR Sheets, probabilities, and slot machine play », Journal of Gambling Issues, n° 23, 2009 : https://www.stoppredatorygambling.org/wp-content/uploads/2012/12/PAR-Sheets-Probabilities-and-Slot-Machine-Play-Implications-for-Problem-and-Non-Problem-Gambling.pdf
  7. Dixon M. et al., « Losses disguised as wins in modern multi-line video slot machines », Addiction, 2010 : https://uwaterloo.ca/reasoning-decision-making-lab/sites/default/files/uploads/files/DixFugetal_10c.pdf
  8. Clark L. et al., « Gambling near-misses enhance motivation to gamble and recruit win-related brain circuitry », Neuron, 2009 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2658737/
  9. 3114, numéro national de prévention du suicide : https://3114.fr
  10. arrêté : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000050411606
  11. arrêté du 14 mai 2007 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000050411622

Photo d'en-tête : Pavel Danilyuk, Pexels

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