
- Aucun repère chiffré officiel en France ; les seuls repères publiés à ce jour sont canadiens (détaillés plus bas).
- Selon l'ANJ, les joueurs à risque faible subissent la plupart des dommages liés au jeu : « jouer raisonnablement » ne garantit pas l'absence de dégâts.
- Aucun jeu ne rend plus qu'il n'encaisse : le Loto reverse 54,35 % des mises, les paris en ligne 85 % au maximum.
- Le jeu à crédit est interdit en France ; emprunter pour jouer figure parmi les six signes d'alerte de l'ANJ.
- En cas de doute : Joueurs Info Service, 09 74 75 13 13 (7 jours sur 7, 8h-2h, appel non surtaxé).
Ce que « jeu responsable » veut dire, selon qui parle
Le régulateur : un loisir modéré, adapté aux moyens
L'ANJ fixe comme objectif de maintenir le jeu dans une perspective de loisir, « occasionnelle, modérée et maîtrisée », en adéquation avec la personnalité et la capacité financière du joueur[1]. Dans une note de 2024, elle place les enjeux de santé publique au cœur de sa régulation et reconnaît que les jeux d'argent comportent « des risques intrinsèques » pour la santé et la qualité de vie[2].
Les opérateurs : la vigilance du joueur
Le site de la FDJ demande au joueur de fixer à l'avance la somme acceptable de perte, de s'éloigner de l'environnement de jeu, de cesser après une perte et de demander de l'aide si besoin, avec des outils de limites et un indicateur de risque[12]. Cette page ne donne aucun repère chiffré. Le discours des opérateurs repose donc sur la responsabilité individuelle ; celui du régulateur ajoute celle de l'offre de jeu (voir le tableau plus bas).
Un point de santé publique souvent oublié
Selon l'ANJ, plusieurs études montrent que les joueurs à risque faible subissent la plupart des dommages liés au jeu, et que ces dommages ne touchent pas seulement les joueurs à risque modéré ou excessif[2]. La même note rappelle que les problèmes de jeu se mesurent surtout à leurs conséquences sur la vie financière, familiale, professionnelle et sur la santé, plus qu'à la fréquence ou aux sommes dépensées.
Les repères chiffrés : ce qui existe au Canada, rien de tel en France
Les trois repères canadiens de 2021
Le Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances (CCDUS) a publié le 15 septembre 2021 les « Lower-Risk Gambling Guidelines » (repères de jeu à moindre risque). Ils s'appuient sur l'analyse de données de plus de 60 000 joueurs de 8 pays, avec un sondage de plus de 10 000 personnes au Canada[16] :
- ne pas miser plus de 1 % du revenu du foyer avant impôt par mois (sur gamblingguidelines.ca, l'exemple d'un revenu de 70 000 dollars canadiens donne au plus 58 dollars par mois) ;
- ne pas jouer plus de 4 jours par mois ;
- éviter de jouer régulièrement à plus de 2 types de jeux.
Les trois doivent être suivis ensemble. Les auteurs précisent que ces limites peuvent ne pas convenir aux personnes ayant des problèmes d'alcool, de drogue, d'anxiété ou de dépression, ou des antécédents personnels ou familiaux de problème de jeu : il leur est conseillé de jouer moins, voire pas du tout[17].
Ces repères sont construits sur des données canadiennes et internationales ; aucun repère équivalent n'est publié en France à ce jour. Ils donnent un ordre de grandeur, pas une garantie d'éviter tout dommage.
Un repère français de comparaison
Selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), la dépense moyenne de jeux d'argent ramenée à l'ensemble des adultes (joueurs ou non) atteint 259 euros par an en 2025[13]. C'est une moyenne nationale, pas un seuil de prudence.
10 conseils, chacun appuyé sur une source
| N° | Conseil | Donnée ou source |
|---|---|---|
| 1 | Fixer un budget avant de jouer, en rapport avec ses revenus, et le traiter comme une dépense de loisir | L'ANJ vise une pratique « en adéquation » avec la capacité financière[1] ; méthode détaillée plus bas |
| 2 | Garder une pratique occasionnelle et se donner des limites de jours et de temps | L'ANJ vise une pratique « occasionnelle » ; le seul repère chiffré publié est canadien (4 jours par mois au plus). Contexte : selon l'enquête sur les représentations, opinions et perceptions relatives aux psychotropes (EROPP) 2023, 11,9 % des 18-75 ans jouent chaque semaine[13] ; ce chiffre décrit les pratiques, il ne fixe pas de seuil |
| 3 | Ne jamais jouer pour se refaire | « Jouer pour se refaire » est l'un des six signes de jeu problématique de l'ANJ[4] ; selon Santé publique France, la bascule vers le jeu problématique commence souvent par un gain, puis des pertes et l'espoir de se refaire[15] |
| 4 | Jouer pour le plaisir, jamais pour gagner sa vie, et accepter de perdre, y compris après un « presque gagné » | Même source ANJ. Le Loto reverse 54,35 % des mises, soit 45,65 euros perdus en moyenne pour 100 euros misés[11] ; les paris en ligne reversent 85 % au maximum en moyenne[9] |
| 5 | Ne pas jouer sous alcool, fatigué, ou pour fuir un problème | L'ANJ conseille d'éviter de jouer quand on n'est pas dans son état normal[4] ; selon les auteurs canadiens, jouer pour échapper à ses problèmes augmente le risque de dommages[17]. |
| 6 | Ne jamais emprunter pour jouer, ne pas toucher à l'argent des charges | Le jeu à crédit est interdit et un opérateur ne peut pas prêter d'argent aux joueurs[10] ; emprunter pour jouer est un signe d'alerte de l'ANJ |
| 7 | Se méfier des jeux rapides, à mises répétées, et des paris sportifs | Les auteurs canadiens citent machines à sous, appareils électroniques, poker et nombreux jeux en ligne comme causes de problèmes plus rapides ; selon Santé publique France, le risque de jeu excessif est 5 à 6 fois plus élevé chez les parieurs sportifs que chez les joueurs de loterie[15] |
| 8 | Régler ses limites de dépôt et de mises, et utiliser l'auto-exclusion en cas de besoin | En ligne, l'opérateur demande au joueur de fixer ses limites sur 7 jours avant son premier dépôt ; l'auto-exclusion dure de 24 heures à 12 mois (cadre de référence[1] ; ANJ[4]). Détail plus bas, à la section « Comment choisir son budget » |
| 9 | Faire le point régulièrement avec un test | Selon l'ANJ, Evalujeu[18] est « gratuit, anonyme et rapide »[4] ; il repose sur l'indice canadien du jeu excessif (ICJE)[5], noté de 0 à 27 points, excessif à partir de 8[14]. Voir aussi le test de la rubrique outils |
| 10 | Ne pas attendre de « tout perdre » pour demander de l'aide | Un seul signe d'alerte de l'ANJ suffit à justifier d'en parler à un professionnel (voir plus bas). Selon l'OFDT, 2,5 % des 18-75 ans présentaient un risque de jeu problématique en 2023, alors qu'environ 5 200 personnes ont été suivies en centre de soins pour le jeu en 2024[13] ; ces deux chiffres ne se comparent pas terme à terme, mais les joueurs à risque sont bien plus nombreux que les patients suivis |
Ces conseils réduisent le risque, ils ne l'annulent pas. Le conseil 4 est le seul à reposer sur un calcul : aucun jeu autorisé n'est « rentable ». Les calculs détaillés figurent sur la page taux de retour au joueur. Le « presque gagné » et les raisonnements voisins sont expliqués dans fausses croyances du joueur.
Comment choisir son budget
Aucun texte ne dit quel montant fixer. La méthode la plus simple consiste à partir du budget de loisirs du mois, une fois les dépenses fixes payées, et à fixer une part que l'on accepte de perdre entièrement. Cette somme est à traiter comme dépensée dès le premier euro misé. La méthode détaillée figure sur la page limites de jeu.
Ce que les opérateurs appellent jeu responsable, ce que l'ANJ leur reproche
| Ce qu'affiche l'opérateur | Ce que constate le régulateur |
|---|---|
| Des courriels de prévention adressés aux joueurs repérés à risque | Dans une décision du 10 juillet 2026, la commission des sanctions de l'ANJ juge qu'un opérateur agréé de jeux en ligne (nom occulté) n'a pas accompagné de façon suffisante 25 des 29 joueurs visés : pour dix d'entre eux, il n'avait envoyé que des courriels. Sanction : 500 000 euros[8] |
| Une exclusion des offres promotionnelles pour les joueurs repérés | Dans la même affaire, 24 des 30 joueurs ont continué à recevoir bonus et avantages, pour 43 966 euros au total ; l'ANJ y voit une incitation au jeu |
| Un algorithme de repérage des joueurs excessifs | Bilan de l'ANJ du 3 avril 2026 : les opérateurs en ligne ont identifié 89 000 joueurs excessifs en 2025, contre 31 000 en 2024, soit une forte hausse. L'ANJ juge toutefois ce nombre encore insuffisant au regard de leur base de joueurs et des études de prévalence[6] |
| Un plan d'actions « jeu responsable » approuvé chaque année | Pour la FDJ, l'ANJ juge la politique « ambitieuse et structurée » mais qui doit encore se traduire par des résultats concrets ; elle relève que la FDJ n'utilise pas la possibilité de limiter, suspendre ou clôturer le compte des joueurs les plus excessifs[7] |
Un chiffre explique l'enjeu : selon l'ANJ, les joueurs problématiques généraient 38,3 % du produit brut des jeux en 2019, dont 20,7 % pour les joueurs excessifs[6].
Ce que la loi impose aux opérateurs
Chaque année, les opérateurs doivent soumettre leur plan d'actions à l'ANJ, identifier les personnes dont le jeu est excessif ou pathologique et les accompagner en vue de modérer leur pratique (IX de l'article 34 de la loi du 12 mai 2010, cité dans la décision 2026/031[8]). Le détail figure sur la page jeu responsable FDJ. Sur le rôle du régulateur, voir la page ANJ.
Quand ce n'est plus un jeu
Les signes d'alerte
L'ANJ retient six signes d'un jeu problématique : penser ou parler constamment des jeux d'argent ; ressentir de la culpabilité ou du stress en jouant ; jouer pour se refaire ; ne pas réussir à s'arrêter ou être irritable à l'arrêt ; emprunter de l'argent pour jouer ; se couper de ses proches[4]. Chacun de ces signes peut justifier de faire le point. La page addiction au jeu détaille le diagnostic.
Les mesures de protection
- Pause sur un site : auto-exclusion, de 24 heures à 12 mois, non interruptible une fois lancée[3].
- Protection durable : interdiction volontaire de jeux, trois ans renouvelable tacitement.
- Soins : centre de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), gratuit pour le patient.
- Finances : la page dettes de jeu décrit les recours.
- Un proche en difficulté : aider un proche.
En cas de difficulté
: Joueurs Info Service, 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h, appel anonyme et non surtaxé[15]. En cas de détresse ou d'idées suicidaires, le 3114[19] répond 24h/24 et 7 jours sur 7, gratuitement.
Questions fréquentes
Le jeu responsable, de quoi parle-t-on ?
Selon l'ANJ, c'est une pratique de loisir occasionnelle, modérée et maîtrisée, en rapport avec les moyens financiers du joueur. Le terme désigne aussi les obligations des opérateurs : outils de limites, auto-exclusion, repérage des joueurs excessifs.
Comment jouer de façon responsable ?
En fixant un budget et des limites avant de jouer, en acceptant de perdre cette somme, en ne jouant ni pour se refaire, ni sous l'emprise de l'alcool ou d'une émotion forte, et en ne jouant jamais à crédit ou avec de l'argent emprunté. Les dix conseils sourcés figurent plus haut.
Existe-t-il un montant ou un nombre d'heures « sûr » ?
Pas en France : aucun seuil officiel n'est publié. Les seuls repères publiés sont les repères canadiens de 2021 (détaillés plus haut), qui visent un risque moindre, pas un risque nul.
Le jeu responsable suffit-il à éviter l'addiction ?
Non. Selon l'ANJ, les joueurs à risque faible subissent la plupart des dommages liés au jeu, et l'indice canadien du jeu excessif classe en risque modéré ou excessif 2,5 % des 18-75 ans en 2023 (OFDT). Les outils réduisent le risque sans le supprimer.
Comment savoir si l'on joue trop ?
Les six signes d'alerte de l'ANJ (voir plus haut) et un test anonyme, comme Evalujeu ou le test de ce site, permettent de faire le point. En cas de doute, Joueurs Info Service répond au 09 74 75 13 13.
Que reproche l'ANJ aux opérateurs ?
L'ANJ constate que les opérateurs identifient encore trop peu de joueurs excessifs (bilan du 3 avril 2026). Le 10 juillet 2026, sa commission des sanctions a infligé 500 000 euros à un opérateur agréé de jeux en ligne qui n'avait pas accompagné de façon suffisante 25 des 29 joueurs déjà repérés ; 10 d'entre eux n'avaient reçu que des courriels.
Sources
- ANJ, cadre de référence pour la prévention du jeu excessif ou pathologique et la protection des mineurs (arrêté du 9 avril 2021) : https://anj.fr/sites/default/files/2021-04/Cadre%20de%20r%C3%A9f%C3%A9rence%20pr%C3%A9vention%20du%20jeu%20excessif%20et%20protection%20des%20mineurs.pdf
- ANJ, « Définition des pratiques de jeu excessives ou pathologiques » (2024) : https://anj.fr/sites/default/files/2024-10/D%C3%A9finition%20pratiques%20de%20jeu%20excessives%202024.pdf
- ANJ, foire aux questions « Addiction au jeu » : https://anj.fr/foire-aux-questions/addiction-au-jeu
- ANJ, « Je maîtrise mon jeu » : https://anj.fr/jouer-en-toute-securite/je-maitrise-mon-jeu
- ANJ, « Evalujeu, le site d'évaluation de la pratique de jeu d'argent proposé par l'ANJ fait peau neuve » (12 octobre 2022) : https://anj.fr/evalujeu-le-site-devaluation-de-la-pratique-de-jeu-dargent-propose-par-lanj-fait-peau-neuve
- ANJ, examen des plans d'actions de prévention du jeu excessif (3 avril 2026) : https://anj.fr/examen-des-plans-dactions-prevention-du-jeu-excessif-et-du-jeu-des-mineurs-des-operateurs
- ANJ, décision n° 2025-173 du 20 novembre 2025 (plan d'actions 2026 de la FDJ) : https://anj.fr/sites/default/files/2025-11/D%C3%A9cision%202025-173_PAJE_LFDJ_2026_DE.pdf
- Commission des sanctions de l'ANJ, décision n° 2026/031 du 10 juillet 2026 (publiée le 15 juillet 2026) : https://anj.fr/sites/default/files/2026-07/D%C3%A9cision%20n%C2%B02026-031%20du%2010072026.pdf
- ANJ, règle de détermination du taux de retour aux joueurs (plafond de 85 % des paris en ligne) : https://ressources.anj.fr/regulation/trj/regle_determination_trj.pdf
- Code de la sécurité intérieure, article L. 320-17 (export codes.droit.org, édition du 15/10/2026) : https://codes.droit.org/PDF/Code%20de%20la%20s%C3%A9curit%C3%A9%20int%C3%A9rieure.pdf
- FDJ, règlement du Loto applicable depuis le 4 mai 2026 (art. 8.1.1.3) : https://cdn-media.fdj.fr/static/contrib/files/pdf/05-26-reglement-loto-vdef-mel.pdf
- FDJ, « Jeu responsable : nos conseils pour vous accompagner » : https://www.fdj.fr/pour-vous-accompagner
- OFDT, « Les jeux d'argent et de hasard en France en 2025 » (2026) : https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2026-10/note-bilan-jah-2025.pdf
- OFDT, glossaire, « Indice canadien du jeu excessif (ICJE) » : https://www.ofdt.fr/glossaire/indice-canadien-du-jeu-excessif-icje
- Santé publique France, « Risques associés aux paris sportifs » (18 octobre 2022) : https://www.santepubliquefrance.fr/presse/risques-associes-aux-paris-sportifs-pour-la-premiere-fois-sante-publique-france-lance-une
- Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances (source canadienne), repères de jeu à moindre risque (15 septembre 2021) : https://ccsa.ca/worlds-first-lower-risk-gambling-guidelines-helping-people-canada-make-informed-decisions
- gamblingguidelines.ca (source canadienne), « What are the guidelines? » : https://gamblingguidelines.ca/what-are-the-guidelines/
- Evalujeu : https://www.evalujeu.fr
- 3114, numéro national de prévention du suicide : https://3114.fr
Photo d'en-tête : Jakub Zerdzicki, Pexels



