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ANJ : rôle, pouvoirs et recours du joueur

L'Autorité nationale des jeux (ANJ) est l'autorité administrative indépendante qui régule les jeux d'argent et de hasard en France. Installée en juin 2020, elle a succédé à l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL), dont la compétence se limitait à Internet. Elle agrée les sites de paris et de poker, encadre la Française des jeux (FDJ) et le PMU, gère le fichier des interdits de jeux et fait bloquer les sites illégaux. Elle ne règle pas, en revanche, les litiges individuels des joueurs : cette mission revient au médiateur des jeux, et seulement pour les opérateurs autorisés.

Vérifié le 23 octobre 2026
Par La rédaction

Bâtiment Colbert du ministère de l'Économie et des Finances, à Bercy
Le ministère de l'Économie, à Bercy, porte le budget de l'ANJ. Photo : SailEOuiAla, Wikimedia Commons[15], licence CC BY-SA 4.0[16], recadrée.
L'essentiel
  • Autorité administrative indépendante, créée par l'ordonnance du 2 octobre 2019 et installée en juin 2020.
  • Elle régule les jeux en ligne, la FDJ et le PMU ; pour les casinos, elle ne traite que la prévention du jeu excessif et l'équilibre des filières.
  • 87 182 personnes étaient inscrites au fichier des interdits de jeux fin 2025.
  • En 2025, elle a ordonné le blocage de 1 290 adresses de sites illégaux.
  • Un litige avec un site illégal ne relève ni de l'ANJ ni du médiateur.

Une autorité créée en 2019, installée en 2020

L'ANJ a été instituée par l'ordonnance n° 2019-1015 du 2 octobre 2019[2], prise en application de la loi PACTE. Selon son rapport annuel 2025[1], cette réforme a créé une autorité unique « qui s'est mise en place en juin 2020 ». L'ARJEL, créée en 2010 lors de l'ouverture des paris en ligne, ne contrôlait que les sites Internet ; l'ANJ couvre aussi les jeux vendus en point de vente.

Le collège de l'ANJ compte neuf membres. Son président est nommé par décret du président de la République pour six ans, à temps plein ; deux membres sont désignés par les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, six autres par décret. Le mandat est « irrévocable et non renouvelable »[1]. En 2025, le collège s'est réuni douze fois et a adopté 201 décisions.

L'autorité disposait de 80 postes fin 2025 et d'un budget de 12,2 millions d'euros, inscrit au programme 218 du ministère de l'Économie[1].

Ce que l'ANJ régule, et ce qui lui échappe

Le marché français des jeux d'argent a représenté 14,1 milliards d'euros de produit brut des jeux (PBJ, les mises moins les gains reversés) en 2025, selon l'ANJ. Son périmètre se répartit ainsi :

Secteur Organisation Rôle de l'ANJ PBJ 2025
Loteries et paris sportifs en point de vente (FDJ) Monopole Régulation complète 6,95 Md€ (droits exclusifs FDJ)
Paris hippiques en point de vente (PMU) Monopole Régulation complète 1,65 Md€ (droits exclusifs PMU)
Paris sportifs, hippiques et poker en ligne 17 opérateurs agréés fin 2025 Agrément et contrôle 2,62 Md€
Casinos (210) et clubs de jeux parisiens Autorisation du ministère de l'Intérieur Prévention du jeu excessif seulement 2,82 Md€ (casinos)
Casinos en ligne Interdits en France Lutte contre l'offre illégale -

Source : ANJ, rapport annuel 2025[1]. Les montants FDJ et PMU correspondent à leurs seuls droits exclusifs ; avec les clubs de jeux parisiens (97 M€), le total atteint 14,1 Md€.

Pour les casinos terrestres, l'ANJ n'intervient que sur « la prévention du jeu excessif et l'équilibre des filières » ; « les autres sujets relèvent de la compétence du ministère de l'intérieur »[1].

Les jeux en ligne pèsent une part croissante du marché : environ 18,5 % du PBJ en 2025, contre 12,8 % en 2019. L'ANJ recense 6,1 millions de comptes joueurs actifs sur les sites agréés.

Les pouvoirs de l'ANJ

Autoriser les opérateurs et les jeux

Le collège « délivre des agréments aux opérateurs de jeu en ligne, approuve les stratégies promotionnelles et les plans d'action » de prévention du jeu excessif et de protection des mineurs, et « autorise les jeux ou programmes de jeux »[1]. En février 2025, le Conseil d'État a confirmé son pouvoir d'encadrer l'offre et la publicité de la FDJ et du PMU.

Encadrer la publicité

L'ANJ approuve chaque année la stratégie promotionnelle des opérateurs. En 2025, elle a demandé aux quatre plus gros opérateurs en ligne de réduire leurs budgets promotionnels[1].

Gérer le fichier des interdits de jeux

Depuis le 1er janvier 2021, l'ANJ tient le fichier national des interdits de jeux[10]. Fin 2025, il comptait 87 182 personnes, en hausse de 19 % sur un an ; 21 924 inscriptions et 7 452 levées ont été enregistrées dans l'année, et 77 % des inscrits sont des hommes[1]. La démarche est détaillée dans la page Interdiction volontaire de jeux.

Sanctionner les opérateurs

Une commission des sanctions, distincte du collège et composée de magistrats, peut prononcer un avertissement, une suspension ou un retrait d'agrément, ou une sanction financière. En 2025, elle a rendu sept décisions, dont la plus lourde depuis la création de l'autorité : 800 000 euros contre un opérateur en ligne dont l'outil d'auto-exclusion était défaillant. Sur les appareils iOS, une exclusion demandée en mois était enregistrée en jours : douze mois devenaient douze jours. Près de 7 000 joueurs ont été concernés en deux ans[1].

Les autres sanctions de l'année portaient sur l'archivage des données de jeu (75 000 euros), le reversement des avoirs aux joueurs (5 000 euros) et le dépassement du taux de retour aux joueurs, plafonné à 85 % des mises pour les paris en ligne (deux avertissements et deux amendes de 1 500 et 15 000 euros).

Bloquer les sites illégaux

Depuis la loi du 2 mars 2022[3], la présidente de l'ANJ peut ordonner elle-même aux fournisseurs d'accès à Internet et aux moteurs de recherche de bloquer ou de déréférencer un site illégal. Avant cette loi, il fallait saisir un juge. La procédure suit cinq étapes[3] :

  1. un enquêteur de l'ANJ constate l'infraction par procès-verbal ;
  2. l'éditeur et l'hébergeur du site sont mis en demeure de couper l'accès depuis la France ;
  3. ils disposent de cinq jours pour présenter leurs observations ;
  4. sans réaction, un second procès-verbal est dressé ;
  5. la présidente ordonne le blocage et le déréférencement.

Le délai est d'environ deux mois, contre six à neuf mois par la voie judiciaire. En 2025, l'ANJ a adressé 227 ordres de blocage visant 1 290 adresses ; 635 d'entre elles étaient des sites « miroirs », copies d'un site déjà bloqué sous une nouvelle adresse[1]. L'autorité reconnaît que la procédure « ne suffit pas à elle seule pour endiguer totalement l'offre illégale », en raison de ces miroirs et des réseaux privés virtuels (VPN).

Les exploitants de sites illégaux encourent trois ans d'emprisonnement et 90 000 euros d'amende, et la publicité pour ces sites est punie de 100 000 euros d'amende (loi n° 2010-476, articles 56 et 57, cités dans le rapport annuel 2025[1]).

Le marché illégal : ce que mesure l'ANJ

Une étude commandée par l'ANJ au cabinet PwC, publiée le 4 décembre 2023, estimait le produit brut des jeux illégaux « entre 748 M€ et 1,5 Mds€ (soit entre 5 et 11 % du marché global des jeux d'argent) »[4]. L'étude a identifié 510 sites illégaux générant du trafic en France ; pour environ 440 d'entre eux, l'exploitant a pu être identifié, et la moitié sont immatriculés à Curaçao. Le casino en ligne et les machines à sous représentaient la moitié du trafic.

Selon la même enquête, déclarative, 32,6 % des 9,5 millions de joueurs en ligne, soit environ 3,1 millions de personnes, auraient joué sur une offre illégale au moins une fois par mois. La page Jeu en ligne légal ou illégal explique comment reconnaître un site autorisé.

Sur les réseaux sociaux, l'ANJ signale une forte hausse des faux comptes : les usurpations d'identité de casinos et de la FDJ sur Facebook et Instagram ont progressé de 124 % entre 2024 et 2025. En 2025, 867 comptes usurpateurs et 1 607 publications ont été fermés[1].

Ce que l'ANJ peut faire pour un joueur

Recevoir les demandes et les signalements

L'ANJ a reçu 11 000 demandes du public en 2025, soit 48 % de plus qu'en 2024. Près des deux tiers (64 %) concernaient l'interdiction de jeux, 17 % les opérateurs et 11 % l'offre illégale. Selon l'autorité, « les demandes sont traitées en moins de 24 heures »[1]. Le point d'entrée est le formulaire de contact joueur[6].

Enquêter sur un site illégal signalé

Un site de jeu non autorisé se signale depuis la liste noire de l'ANJ[5], par le lien « Signaler un site illégal ». Selon l'ANJ, ce signalement « permettra à nos équipes d'ouvrir une enquête et, le cas échéant, de réaliser un blocage administratif ». La liste noire est « non-exhaustive » : l'absence d'un site ne prouve pas qu'il est autorisé.

Orienter vers le médiateur des jeux

Le médiateur des jeux traite les litiges entre un joueur et un opérateur agréé par l'ANJ, la FDJ ou le PMU. La démarche suppose une étape préalable : contacter d'abord le service client de l'opérateur, par une réclamation écrite. Sans réponse sous 20 jours, ou en cas de réponse insatisfaisante, le joueur peut saisir le médiateur sur mediateurdesjeux.fr[11] (ANJ[6] ; rapport annuel 2025[1]).

L'absence de réclamation écrite préalable est le principal motif d'irrecevabilité : 90 % des demandes irrecevables en 2025[1], 92 % en 2024. La demande doit aussi être faite moins d'un an après la réclamation, et le litige ne doit pas avoir été porté devant un tribunal[8].

En 2025, le médiateur a reçu 1 856 demandes ; 91,5 % des demandes recevables concernaient les paris sportifs. Le délai moyen de traitement a été de 30 jours, pour un maximum légal de 90 jours, et 64 % de ses propositions ont été acceptées[1]. Sa proposition « n'a pas d'effet contraignant » : le joueur et l'opérateur restent libres de la refuser et de saisir la justice.

Ce que l'ANJ ne fait pas

  • Elle ne traite pas les litiges avec un site illégal. L'ANJ et le médiateur « ne sont pas compétents au sujet d'un litige avec un opérateur illégal »[7]. Elle renvoie vers la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), sur signal.conso.gouv.fr[12].
  • Elle ne débloque pas un compte joueur. Pour un compte de paris ou de poker suspendu, « seul l'opérateur » peut rétablir l'accès[6] ; le médiateur peut être saisi ensuite.
  • Elle ne contrôle pas le fonctionnement des casinos terrestres, hors prévention du jeu excessif et équilibre des filières : ce contrôle relève du ministère de l'Intérieur.

Pour une pratique de jeu devenue difficile à maîtriser, l'ANJ oriente vers Joueurs Info Service[13], au 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé, 7 jours sur 7, de 8h à 2h), et vers le questionnaire Évalujeu[14]. Les centres de soins en addictologie (CSAPA) reçoivent aussi les joueurs.

Questions fréquentes

Que signifie ANJ ?

ANJ signifie Autorité nationale des jeux. C'est le régulateur français des jeux d'argent et de hasard depuis juin 2020.

Quelle est la différence entre l'ANJ et l'ARJEL ?

L'ARJEL, créée en 2010, ne régulait que les jeux en ligne. L'ANJ, qui l'a remplacée en 2020, régule aussi la FDJ et le PMU, et intervient dans les casinos pour la prévention du jeu excessif.

Comment contacter l'ANJ ?

Par le formulaire de contact joueur[6] ou par courrier au 11, boulevard Gallieni, 92130 Issy-les-Moulineaux.

L'ANJ peut-elle rembourser des pertes de jeu ?

Non. L'ANJ ne rembourse pas les pertes. Pour un litige avec un opérateur agréé, la FDJ ou le PMU, le recours est le médiateur des jeux. Pour un site illégal, le signalement se fait auprès de la DGCCRF.

Où trouver la liste des sites autorisés ?

L'ANJ publie la liste des opérateurs agréés[9] et une liste noire[5] de sites interdits.

Sources

  1. ANJ, rapport annuel 2025 (publié en juin 2026) : https://anj.fr/sites/default/files/2026-06/Rapport%20annuel%202025%20web.pdf
  2. Ordonnance n° 2019-1015 du 2 octobre 2019 (Légifrance) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFSCTA000039167505
  3. ANJ, « Lutter contre l'offre illégale » : https://anj.fr/lutter-contre-loffre-illegale
  4. ANJ, étude sur l'offre illégale réalisée avec PwC (novembre 2023) : https://anj.fr/sites/default/files/2023-11/offre%20ill%C3%A9gale.pdf
  5. ANJ, liste noire des sites interdits : https://anj.fr/liste-noire-des-sites-de-jeux-dargent-et-de-hasard-interdits-en-france
  6. ANJ, contact joueur : https://anj.fr/contact-joueur
  7. ANJ, FAQ « Je rencontre un litige avec un site illégal » : https://anj.fr/foire-aux-questions/offre-de-jeu-legale-et-illegale/je-rencontre-un-litige-avec-un-site-illegal
  8. Médiateur des jeux, rapport 2024 : https://anj.fr/sites/default/files/2025-03/Rapport%20m%C3%A9diateur%202024.pdf
  9. ANJ, opérateurs agréés : https://anj.fr/offre-de-jeu-et-marche/operateurs-agrees
  10. Décret n° 2020-1773 du 21 décembre 2020 (Légifrance) : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000042839255
  11. Médiateur des jeux : https://www.mediateurdesjeux.fr
  12. SignalConso (DGCCRF) : https://signal.conso.gouv.fr
  13. Joueurs Info Service : https://www.joueurs-info-service.fr
  14. Évalujeu, test d'auto-évaluation de l'ANJ : https://www.evalujeu.fr
  15. Wikimedia Commons : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:B%C3%A2timent_%22Colbert%22_du_minist%C3%A8re_de_l%27%C3%89conomie,_des_Finances_et_de_la_Relance_01.jpg
  16. CC BY-SA 4.0 : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0

Photo d'en-tête : Regan Dsouza, Pexels

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