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Bonus et exigence de mise : ce que coûte vraiment un bonus de bienvenue

Un bonus de bienvenue est une « gratification financière » : une somme ou un pari que l'opérateur ajoute au compte du joueur, le plus souvent à condition d'ouvrir un compte et de déposer de l'argent. L'exigence de mise (en anglais « wager » ou « rollover ») est le nombre de fois que cette somme doit être misée avant de pouvoir être retirée. Le terme vient du marché et n'a pas de définition officielle ; en 2011, l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL) décrivait un seuil de conversion du bonus en argent. Cette règle transforme un cadeau en volume de jeu : plus l'exigence est haute, plus le joueur doit miser, et chaque mise comporte une perte moyenne. Ni le Code de la sécurité intérieure ni les lignes directrices de 2022 de l'Autorité nationale des jeux (ANJ) ne plafonnent l'exigence de mise.

Vérifié le 28 octobre 2026
Par La rédaction

Cadeau emballé de papier kraft et noué d'un ruban rouge
Photo d'illustration : Shixart1985, Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0, recadrée.
L'essentiel
  • Exigence de mise = nombre de fois qu'il faut miser le bonus (ou le bonus et le dépôt) avant retrait. Mises à engager = exigence × montant concerné.
  • Dans l'hypothèse d'un taux de retour au joueur (TRJ) de 85 %, une exigence de 10 fois un bonus de 100 euros impose 1 000 euros de mises, soit 150 euros de perte théorique. Le compte étant limité à 200 euros, la simulation donne un solde final moyen de 67 euros pour 100 euros déposés : 33 euros perdus en moyenne.
  • Le chiffre de 85 % est un plafond du TRJ en moyenne annuelle pour un agrément, pas le taux de chaque pari. Selon le TRJ réel, le volume de mises coûte plus ou moins cher.
  • Selon une enquête réalisée pour l'ANJ en 2021, 43 % des joueurs ayant eu accès à un bonus disent qu'il peut les inciter à jouer plus souvent, 38 % à prendre plus de risques.
  • La loi interdit toute communication commerciale aux joueurs auto-exclus ; l'ANJ demande de ne pas adresser de bonus aux joueurs identifiés comme excessifs.

Comment fonctionne un bonus

Trois mécanismes

Selon l'ANJ, la gratification financière est une « technique commerciale tendant à augmenter l'attractivité du jeu ». Elle prend trois formes : l'abondement de compte (l'opérateur augmente le solde), l'abondement de mise (il augmente la mise du joueur) et l'abondement de gain (il complète le gain)[1]. Les crédits de jeu offerts en font partie, car ils ont une valeur financière égale à la somme que le joueur aurait dû verser pour miser[4]. Les termes du métier (« freebet », « rollover ») figurent dans le lexique du jeu d'argent.

  • Bonus de dépôt : un crédit proportionnel au dépôt, qui suppose donc un versement préalable.
  • Pari offert (« freebet ») : le mot « gratuit » est interdit si le consommateur doit dépenser quoi que ce soit au préalable[1].
  • Bonus sans dépôt : un crédit sans versement initial. Il reste une gratification soumise aux mêmes règles, et le règlement de l'offre doit exposer ses conditions.

L'exigence de mise

En 2011, l'ARJEL décrivait le mécanisme : les bonus « ne donnent pas lieu à reversement immédiat » sur le compte, mais sont convertis en argent « lorsqu'est atteint un seuil exprimé en pourcentage ou en euros dans un délai déterminé »[5]. Cette décision de 2011 portait sur le poker en ligne. Avec une exigence de 10 fois un bonus de 100 euros, il faut engager 1 000 euros de mises. Selon l'offre, la base de calcul peut être le bonus seul ou le dépôt et le bonus ensemble : seul le règlement de l'offre le précise. L'ANJ impose que ce règlement soit rédigé en français, lisible et consultable sur un support durable[1].

Ce que coûte une exigence de mise

Hypothèses du calcul

Le plafond de TRJ de 85 % est fixé par décret en moyenne annuelle pour l'ensemble des paris d'un agrément ; il ne donne pas le taux d'un pari précis (voir taux de retour au joueur). Le calcul ci-dessous s'appuie sur l'hypothèse d'un TRJ de 85 %, donc d'une perte moyenne de 0,15 euro par euro misé.

Un joueur dépose 100 euros et reçoit un bonus de 100 euros, soit 200 euros sur son compte. Il mise 10 euros à la fois à la cote 2,00 (probabilité de gain de 42,5 %, soit un TRJ de 85 %) jusqu'à avoir engagé le volume exigé sur le bonus seul, ou jusqu'à ce que son compte soit vide. À chaque exigence correspond une perte théorique : mises × 0,15.

Tableau : exigence appliquée au bonus seul

Exigence Mises à engager Perte théorique à 85 % Solde final moyen simulé Bilan moyen par rapport au dépôt de 100 € Part des parcours allant au bout de l'exigence Part des parcours finissant au-dessus de 100 €
1 fois 100 € 15 € 185,0 € +85,0 € 100 % 99,6 %
5 fois 500 € 75 € 125,6 € +25,6 € 95,1 % 58,2 %
10 fois 1 000 € 150 € 67,0 € −33,0 € 60,7 % 27,0 %
20 fois 2 000 € 300 € 16,7 € −83,3 € 15,8 % 6,4 %
30 fois 3 000 € 450 € 4,2 € −95,8 € 3,9 % 1,6 %

Simulation exacte du modèle ci-dessus, contrôlée sur 200 000 parcours. La perte théorique suppose que le joueur dispose toujours de quoi miser. Le compte étant limité à 200 euros, la perte réelle ne dépasse jamais le dépôt de 100 euros, d'où l'écart avec la colonne théorique. Avec une autre cote, la perte moyenne par euro misé reste la même, mais les chances de chaque parcours changent.

Le tableau montre le volume de jeu qu'impose l'exigence et ce que ce volume coûte en moyenne : plus l'exigence monte, plus la part des joueurs qui épuisent leur compte avant d'avoir pu retirer quoi que ce soit augmente. Les soldes moyens des premières lignes supposent de jouer exactement ce volume de mises, que le joueur n'aurait pas joué sans le bonus.

Un seuil qui dépend du TRJ réel

Si le TRJ est inférieur à 100 %, la perte théorique cumulée finit par dépasser le bonus. Le nombre de fois où cela se produit est N = 1 ÷ (1 − TRJ) : environ 6,67 fois le bonus dans l'hypothèse d'un TRJ de 85 %, environ 14 fois à 93 % (le marché pris en exemple sur la page la cote en paris sportifs a un TRJ de 93,17 %). Le seuil change donc avec le taux de chaque pari, que le joueur ne connaît pas à l'avance.

Si l'exigence porte sur le dépôt et le bonus (200 euros), les mises montent plus vite : 3 fois imposent 600 euros de mises (perte théorique de 90 euros) ; 5 fois en imposent 1 000 (perte de 150 euros). Ces montants ne tiennent pas compte des autres conditions du règlement (cote minimale, délai de validité, paris exclus). Sur le lien entre cote, marge et perte, voir aussi le pari combiné.

Ce que les textes encadrent

Règle Source
L'ANJ peut limiter par décision motivée les offres comportant une gratification financière Loi du 12 mai 2010, art. 34, citée par l'ANJ, 2022[1]
Gratifications « raisonnables », sans incitation excessive, et non proposées aux joueurs identifiés comme potentiellement excessifs Cadre de référence, arrêté du 9 avril 2021, section III.3[6]
Interdiction des bonus liés à un classement entre joueurs fondé sur les mises ou dépôts, et des primes de parrainage calculées sur les mises ou pertes du filleul, depuis le 1er novembre 2019 ARJEL, décision 2019-010[4]
Aucune communication commerciale aux titulaires d'un compte en auto-exclusion ni aux anciens titulaires d'un compte frappé d'interdiction volontaire Code de la sécurité intérieure, art. L. 320-9 et L. 320-11[10]

Pour les offres de bienvenue, l'ANJ émet des recommandations, qu'elle présente comme des bonnes pratiques « ni exhaustives ni normatives »[1] : ne pas dépasser 100 euros de gratifications au total, limiter le parrainage à 5 filleuls par an, laisser le joueur choisir le nombre et le type de notifications de bonus. Elle pose aussi que les offres doivent être raisonnables en volume, fréquence et montant, et que des gratifications déraisonnables peuvent mener devant la commission des sanctions (points 26 à 29). Ces textes ne fixent aucun plafond d'exigence de mise.

Le 10 juillet 2026, la commission des sanctions de l'ANJ a infligé 500 000 euros à un opérateur dont 24 des 30 joueurs examinés, repérés comme excessifs, avaient continué à recevoir des bonus[7] ; le détail figure sur la page jouer de façon responsable.

Pourquoi un bonus pousse à jouer plus

Les motifs retenus par le régulateur

En 2011, l'ARJEL relevait qu'un bonus d'inscription attractif peut inciter à ouvrir des comptes chez plusieurs opérateurs, et que des délais de conversion courts incitent à jouer davantage pendant la période pour obtenir le bonus[5]. En 2019, elle jugeait que les bonus fondés sur un classement exposent les joueurs à un risque de perte de contrôle[4].

Ce que disent les joueurs

Dans une enquête Harris Interactive réalisée en novembre 2021 auprès de 2 231 personnes de 18 ans et plus, pour l'ANJ, 52 % des joueurs ont déjà eu accès à au moins un bonus ou avantage. Parmi eux, 43 % estiment que ces offres peuvent les inciter à jouer plus souvent et 38 % à prendre davantage de risques (ANJ, 27 octobre 2022[2] ; note Harris Interactive, janvier 2022[3]). Selon la même note, les offres d'inscription sont souvent « l'élément déclencheur » qui lève les dernières craintes d'un joueur hésitant ; les bonus servent ensuite à motiver de nouvelles mises quand les joueurs se sont éloignés du jeu.

Un ex-joueur de 27 ans décrit des applications qui « assaillent de notifications, de mises gratuites »[11].

Le poids des bonus dans les budgets

Selon l'ANJ, les opérateurs ont déclaré pour 2026 un budget promotionnel de 785 millions d'euros, dont 466 millions de gratifications financières, soit près de 60 %[8].

Signaux de danger

  • Un délai court pour atteindre l'exigence. Il incite à miser davantage sur la période (ARJEL, 2011).
  • « Gratuit » ou « offert » alors qu'un dépôt est demandé. L'ANJ juge cet usage trompeur.
  • Des bonus reçus malgré une demande de pause ou d'auto-exclusion. La loi interdit les communications commerciales aux joueurs auto-exclus (voir l'interdiction volontaire de jeux).
  • Plusieurs comptes ouverts pour cumuler les bonus. C'est le risque décrit par l'ARJEL en 2011.
  • Jouer davantage pour atteindre l'exigence, ou pour se refaire après une perte. Se refaire est l'un des six signes d'alerte de l'ANJ ; voir aussi fausses croyances du joueur.
  • Un site non agréé. Les règles de l'ANJ ne s'y appliquent pas : l'ANJ et le médiateur des jeux « ne sont pas compétents » pour un litige avec un opérateur illégal, et le signalement passe par la DGCCRF via SignalConso[9]. Pour reconnaître un site agréé, voir jeu en ligne légal ou illégal. Les pièges des sites illégaux sont décrits dans arnaques au jeu en ligne.

Pour limiter l'effet des offres, on peut fixer des limites de jeu. Pour faire le point sur sa pratique, le test de rapport au jeu est un bon début.

Besoin d'aide ?

Joueurs Info Service : 09 74 75 13 13, 7 jours sur 7, de 8h à 2h, appel anonyme et non surtaxé. En cas de détresse ou d'idées suicidaires, le 3114 répond 24h/24.

Questions fréquentes

Le bonus sans dépôt est-il gratuit ?

Sans versement initial, l'offre reste une gratification financière : les crédits de jeu offerts en font partie, selon l'ARJEL. Elle est soumise à des conditions que le règlement doit exposer, et le mot « gratuit » ne peut pas masquer une dépense préalable.

Existe-t-il un plafond légal de bonus en France ?

Ni le Code de la sécurité intérieure ni les lignes directrices de l'ANJ de 2022 ne plafonnent l'exigence de mise ou le montant d'un bonus de paris sportifs ; l'ANJ recommande seulement de ne pas dépasser 100 euros au total pour une offre de bienvenue. Un plafond (100 % du dépôt, 500 euros, 90 jours) a été fixé en 2011 par l'ARJEL pour le poker en ligne ; son maintien en vigueur n'a pas été revérifié.

Un joueur auto-exclu ou interdit de jeux peut-il recevoir des offres de bonus ?

La loi interdit de lui adresser des communications commerciales, dont les offres de bonus : aux titulaires d'un compte en auto-exclusion et aux anciens titulaires d'un compte frappé d'interdiction volontaire (Code de la sécurité intérieure, art. L. 320-11). Le compte d'un joueur interdit de jeu doit être clôturé (art. L. 320-9).

Sources

  1. ANJ, communication 2022-C-003 du 20 octobre 2022, lignes directrices et recommandations relatives aux offres commerciales comportant une gratification financière : https://anj.fr/sites/default/files/2022-10/Communication%202022-C-003%20Gratifications.pdf
  2. ANJ, « Gratification financière et jeux d'argent : l'ANJ présente ses lignes directrices et recommandations » (27 octobre 2022) : https://anj.fr/gratification-financiere-et-jeux-dargent-lanj-presente-ses-lignes-directrices-et-recommandations
  3. ANJ et Harris Interactive, « Influence de la publicité et des gratifications financières sur les comportements de jeu » (janvier 2022) : https://anj.fr/sites/default/files/2022-02/Note%20Harris%20-%20bonus%20et%20gratifications%20financi%C3%A8res%20%28ANJ%29_0.pdf
  4. ARJEL, décision n° 2019-010 du 17 octobre 2019 portant limitation des offres commerciales comportant une gratification financière des joueurs : https://anj.fr/sites/default/files/2020-02/2019-010.pdf
  5. ARJEL, décision n° 2011-112 du 27 octobre 2011 (gratifications financières, jeux de cercle en ligne) : https://anj.fr/sites/default/files/2020-02/2011-112.pdf
  6. ANJ, cadre de référence pour la prévention du jeu excessif ou pathologique et la protection des mineurs (arrêté du 9 avril 2021) : https://anj.fr/sites/default/files/2021-04/Cadre%20de%20r%C3%A9f%C3%A9rence%20pr%C3%A9vention%20du%20jeu%20excessif%20et%20protection%20des%20mineurs.pdf
  7. Commission des sanctions de l'ANJ, décision n° 2026/031 du 10 juillet 2026 : https://anj.fr/sites/default/files/2026-07/D%C3%A9cision%20n%C2%B02026-031%20du%2010072026.pdf
  8. ANJ, « Examen des stratégies promotionnelles 2026 des opérateurs de jeux d'argent » (9 janvier 2026) : https://anj.fr/examen-des-strategies-promotionnelles-2026-des-operateurs-de-jeux-dargent
  9. ANJ, foire aux questions « Je rencontre un litige avec un site illégal » : https://anj.fr/foire-aux-questions/offre-de-jeu-legale-et-illegale/je-rencontre-un-litige-avec-un-site-illegal
  10. Code de la sécurité intérieure, articles L. 320-9 et L. 320-11 (export codes.droit.org, édition du 15/10/2026) : https://codes.droit.org/PDF/Code%20de%20la%20s%C3%A9curit%C3%A9%20int%C3%A9rieure.pdf
  11. AFP, repris par L'Info durable, « Addiction aux paris sportifs : les applis vous gardent captif » (16 septembre 2025) : https://www.linfodurable.fr/addiction-aux-paris-sportifs-les-applis-vous-gardent-captif-temoigne-un-ex-joueur-52853
  12. 3114, numéro national de prévention du suicide : https://3114.fr

Photo d'en-tête : Liudmyla Shalimova, Pexels

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